Qu’est-ce que le Leet

Le leet, également écrit 1337 ou l33t, est un système d’orthographe alternative utilisé sur internet, principalement dans les communautés anglophones. Cette pratique est aussi appelée leetspeak. Le nom lui-même est une chaîne d’élisions : le mot anglais « elite » a d’abord été rendu par « eleet », puis le e initial a été supprimé, laissant « leet ». Dans l’usage japonais, le phénomène est parfois désigné sous le nom de « hacker language ».

Des sons avant les symboles

Le leet n’a pas commencé comme une astuce visuelle. Les premières substitutions opéraient sur le son plutôt que sur la forme — « for » devenait 4, « to » devenait 2, « before » devenait b4, « to you » devenait 2u. Ce sont des compressions phonétiques, et elles ne sont pas du tout originaires d’internet. La sténographie télégraphique abrégeait déjà les prépositions de cette manière bien avant que quiconque possède un modem. La même impulsion survit dans le langage commercial ordinaire : P2P pour Peer to Peer, B2B pour business-to-business. Le leet a hérité de cette habitude, puis est allé plus loin, échangeant l’oreille contre l’œil.

Quand les lettres ont commencé à ressembler à des chiffres

Le glissement qui a rendu le leet reconnaissable en tant que leet était graphique plutôt que phonétique. Les lettres ont commencé à muter en tout chiffre ou symbole qui leur ressemblait : A en 4 ou @, E en 3, I en 1, O en 0, S en 5 ou $, T en 7. À partir de là, la table de substitution a essaimé. Une seule lettre pouvait engendrer des dizaines de formes acceptées — A seul a accumulé des entrées comme q, /, /-, ^, aye, (L et Д — et des listes comparables se sont développées pour chaque lettre de l’alphabet. La table a cessé d’être un code et a commencé à être un dialecte sans autorité régulatrice.

Qui en avait besoin, et pourquoi

Le caractère ludique est une explication du leet. L’évasion en est une autre, et elle pourrait bien être la plus ancienne des deux motivations. La police, les organismes de lutte contre la violation du droit d’auteur et les nouveaux venus — les newbies — recherchent tous des mots. Un texte rendu sous la forme « ||0// 15 7|-|3 71|/|3 » résiste au champ de recherche d’une manière que « NOW IS THE TIME » ne fait pas. Les fautes d’orthographe délibérées, le mélange de majuscules et de minuscules et l’échange s-contre-z servent tous le même objectif : rester lisible pour le lecteur visé et opaque pour tous les autres.

Où le leet ne s’est pas implanté

La relation du Japon avec le leet a été ténue. L’ampleur est modeste : le leet apparaît dans certaines adresses e-mail et certains noms de personnages de jeux en ligne, et c’est à peu près tout. La reconnaissance large n’est jamais venue. La raison invoquée est structurelle plutôt que culturelle — les utilisateurs japonais écrivent tout simplement du texte en anglais bien moins souvent, et un système de substitution bâti sur l’alphabet latin a peu de matière à exploiter dans une langue qui, pour l’essentiel, n’en utilise pas.

Passer dans l’imprimé et le jeu

Deux domaines ont porté le leet hors des journaux de chat et dans les médias fixes. Le premier fut la fiction : Roadside Crosses, un roman de Jeffery Deaver sur une affaire de meurtres en série qui commence par du harcèlement en ligne, met du leetspeak dans la bouche de suspects conversant à l’intérieur d’un jeu en ligne. L’édition japonaise est parue chez Bungeishunju en 2010 sous forme de livre relié, ISBN 4163297200. Le second fut les jeux musicaux, où les écrans-titres sont devenus une vitrine de la notation : « COSMIC RAILROAD » en CO5M1C R4ILR0AD, « MAKE IT BOUNCE » en M4K3 1T B0UNC3, « BASEBALL » en 84538411, « ESCAPE » en E5C4P3, « EGO » en 360, « TERABYTE CONNECTION » en +ERABY+E CONNEC+10N, « END » en 3.1V.C1, et « BEGIN » en B3611V.

L’entreprise qui s’est nommée ainsi

Parmi les groupes qui ont adopté le leet comme identité plutôt que comme commodité, un nom est conservé dans les annales : L0pht Heavy Industries, dont le nom est lui-même un rendu en leet. Qu’un collectif de sécurité choisisse une orthographe qui résiste à la recherche n’est pas tant une coïncidence qu’une déclaration de principe.

Ce à côté de quoi le leet se tenait

Le leet n’a jamais été seul. Le japonais a développé le Kusachu-go, un système de substitution bâti sur la même logique visuelle, aux côtés du gyaru-moji et de l’écriture pseudo-cyrillique. L’anglais avait le Hexspeak, les chiffrements par substitution et la catégorie plus large de l’argot internet. L’orthographe 1337, l’étiquette ハッカー語, et les signes ¥ et caractères Д de la table de substitution élargie pointent tous vers le même geste sous-jacent : remplacer une lettre par quelque chose qui lui ressemble assez pour être lu, et assez étrange pour être manqué.

Où les chiffres sont devenus des mots anglais

L’exportation la plus durable du leet n’a pas été une convention orthographique. C’était un ensemble de caractères que les anglophones pouvaient lire comme des chiffres et des chiffres qu’ils pouvaient lire comme des lettres, et ce trafic à double sens a refait surface dans des endroits où le leet n’avait jamais demandé à aller. Le cas le plus clair se trouve dans le titre d’une partition de jeu musical, où « EGO » s’écrit 360 et « BASEBALL » 84538411 — des chaînes qu’un moteur de recherche lit comme de l’arithmétique et qu’un joueur lit comme un mot. Une fois qu’une culture accepte que 1 est un I et que 3 est un E, toute chaîne numérique devient candidate à un message caché.